© TomaBw 2007
"Au théâtre"
Acte 1
Tu cries !
Tu passes du chaud au froid, de l’ombre à la lumière
Tu n’voulais pas sortir du liquide jusqu’à l’air
Personne ne te comprend, personne ne voit que tu souffres
Et tout le monde s’extasie : c’est ton tout premier souffle.
Acte 2
Tu hurles !
Ta couche est toute humide et emplie d’excrément
Et tu ne sais faire que ça pour appeler tes parents.
Tant qu’ils n’arrivent pas, tu hurles de plus belle
Pour être sûr qu’ils t’entendent, tu montes les décibels.
Tu t’es fais mal au doigt en touchant un couteau
Tu as très mal, tu souffres : t’as un vilain bobo
Tes chairs se sont ouvertes et du sang coule un peu
Et pour te consoler, t’as un bisou baveux.
T’en étais amoureux, t’aurais tout fait pour elle
Tu te voyais déjà l’attendant à l’Hôtel,
Tu vous imaginais même avec des gamins
Et elle t’a laissé seul, comme le dernier des chiens.
T’es content et tu bois, et tu t’es pris une cuite
Et la moitié de la nuit, tu chantes en italique
En prenant soin, bien sûr, que toute la rue t’entende
Pour voir si elle connaît les paroles des boys bands.
On réduit ton caddie, alors t’es pas content
Donc tu sors dans la rue et récites des slogans
Entendus cent mil fois, mais pas encore compris :
Une bonne remise à jour, ça maintient les esprits.
Tes gamins font chier, ils ne comprennent rien
Ils alignent les conneries du soir jusqu’au matin
Toi, tu comprends pas plus, alors tu gueules dessus
Ca sert pas à grand-chose, mais tu l’as jamais vu.
Tous ces jeunes, quels voyous ! Il n’y en a pas un d’ bon !
Ils te poussent dans la rue sans demander pardon,
Ils prennent la place dans l’ bus en te laissant debout
Et toi t’as de l’arthrite du coude jusqu’au genou.
Acte 3 :
Tu fermes enfin ta gueule.
Ta gorge est dure et sèche, ta respiration brûle
Ta salive ne tient plus et coule sur ton vieux pull
Tes enfants viennent te voir avec les p’tits merdeux,
Ils n’restent pas longtemps, ça sent pas bon un vieux.
Eric Woestelandt
"Troisième acte"
Le gong a résonné, les acteurs sont entrés
Judith fut dévoilée, Holopherne berné
Salomé fut aimée et Baptiste trompé
Tels ces héros passés il est ensorcelé
Le rideau est tombé, son rôle est gravé
Et pour l'éternité il devra rejouer
Séduction et beauté, amour et cruauté
Son destin est fixé : il est décapité !
L'acte trois le verra errer seul ici bas
Sa tête sous le bras cherchant l'amour béat
De celle qu'il aima et qui lui donnera
L'épée de Cordoba pour le clouer en croix.
Lya de Mylpir